L’arnaque aux terminaux de paiement électronique (TPE) : les commerçants ciblés

Ces arnaques par mail et par téléphone qui font des ravages ….

En matière d’escroqueries, l’imagination des esprits malintentionnés n’a pas de limites. De nouvelles variantes ont émergé ces derniers mois. Trois d’entre elles, notamment, ont fait des victimes en Auvergne. Les préjudices se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros selon les cas.

La toute-puissance d’Internet et la dématérialisation des transactions ont ouvert des horizons quasi-infinis aux professionnels de l’arnaque. Ajoutez-y les talents oratoires de crapules expertes en matière de « tchatche » et vous obtiendrez un cocktail détonnant, dont plusieurs Auvergnats – professionnels ou particuliers – ont fait les frais récemment.

1. L’arnaque aux terminaux de paiement électronique (TPE) : les commerçants ciblés

Toutes les enseignes ou presque sont dotées de TPE, ces lecteurs destinés au règlement des achats par carte bancaire.

Depuis le début de l’année, en Auvergne, plusieurs sociétés ont été contactées par un homme se présentant comme l’informaticien d’une grande banque. Motif de l’appel : faire croire à une panne du terminal en question. Panne qui ferait soi-disant obstacle au versement, sur le compte de l’entreprise, de toute une série de paiements récents.

Pour régler ce problème technique, une seule solution évidemment : l’escroc réclame – avec conviction – l’identifiant et le mot de passe d’accès au système de paiement en ligne de l’entreprise. Ce qui lui permet ensuite de procéder lui-même à des virements frauduleux.

Un concessionnaire auto de l’Allier a ainsi perdu 86.000 €, aspirés à son insu sur des comptes ouverts par les malfrats dans la péninsule ibérique.

2. L’arnaque au « faux factor »?: les collectivités dans le viseur

La fausse panne sert aussi de base à une autre escroquerie en plein boom. Dans ce cas, l’escroc se fait passer pour le cadre d’une entreprise (réellement) retenue pour réaliser un chantier au bénéfice d’une commune, d’une communauté de communes ou d’un syndicat des eaux.

Il prétexte d’abord un souci informatique pour obtenir, auprès de la collectivité ciblée, des factures en attente de paiement. Deuxième étage de la fusée : cette même collectivité reçoit un faux contrat d’affacturage.

Objectif de la manœuvre : convaincre le payeur qu’il doit désormais s’acquitter des sommes dues en passant par une société tampon, chargée de « l’encaissement des créances » correspondant à tel ou tel chantier. Un RIB est évidemment transmis pour permettre le virement, là encore vers des comptes domiciliés en Espagne ou au Portugal. Et le tour est joué…

Une collectivité territoriale du Puy-de-Dôme a notamment plongé, pour un préjudice colossal?de 541.000 €.

3. Quand les placements dans les cryptomonnaies virent au cauchemar : une Bourbonnaise perd 353.000 €

Les devises virtuelles – au premier rang desquelles le Bitcoin – font un tabac et attirent chaque jour des milliers d’internautes en quête de placements juteux. Les sites pullulent. Les arnaques aussi. Une retraitée de l’Allier en a fait l’amère expérience l’an dernier. Après avoir fait des recherches sur le Web, elle est démarchée par la société britannique Eco Crypto, qui lui fait miroiter des placements « écologiquement vertueux » – tous les arguments sont bons – avec une « rentabilité garantie » surréaliste de 30 %. La Bourbonnaise est contactée successivement par six interlocuteurs chargés de la mettre en confiance. Un travail de sape redoutable qui la convainc d’effectuer un premier versement de 1.000 € par carte, puis quatre virements conséquents en l’espace de quatre mois.

Pour ne pas éveiller les soupçons, les cyberescrocs poussent le vice jusqu’à verser 2.700 € d’intérêts à leur victime. Cette dernière se délestera au total de 353.000 €, avant de s’apercevoir qu’elle a été dupée.

Le SRPJ de Clermont-Ferrand a été saisi mi-avril. Les investigations ont permis d’établir que les comptes allemands destinataires des fonds de la retraitée auvergnate avaient reçu des virements provenant d’autres victimes françaises. Il y a un an, une quinquagénaire clermontoise avait elle aussi perdu gros (210.000 €) dans une escroquerie similaire. Et la liste n’est pas exhaustive…

« Tous ces dossiers donnent lieu à des enquêtes longues et complexes. Il faut du temps et de la patience pour remonter jusqu’aux donneurs d’ordre », indique le commandant divisionnaire Pascal Duthilleul, qui dirige la division économique et financière (DEF) du SRPJ.

La tâche est d’autant plus ardue que l’issue finale des procédures initiées en France se joue souvent à l’étranger. « La dimension internationale de ces arnaques nous oblige à coopérer avec d’autres pays, ce qui n’est pas toujours simple, pointe le policier spécialisé. Les lignes ont commencé à bouger avec Chypre ou encore Malte, qui ne sont plus des “paradis à escrocs”. À l’inverse, les autorités israéliennes ne collaborent que très rarement. »

Une impasse source de frustrations en chaîne : c’est justement à partir de ce pays qu’opèrent, dans un français impeccable, la plupart des « beaux parleurs » capables d’entourlouper jusqu’au comptable le plus averti.